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Article paru dans La Tribune de Genève, le jeudi 6 mai 2004
La Compagnie de 1602 repoussée hors des murs (06/05/2004)
La Ville fait parler la poudre et exige un déménagement pour des raisons de sécurité.
BERTRAND STÄMPFLI
Célèbre pour les animations qu’elle organise chaque année lors de la fête de l’Escalade, la Compagnie de 1602 pourrait bien être obligée de quitter ses actuels locaux du centre-ville. Sont-ce les Savoyards qui font reculer les fiers défenseurs de la Cité? Non! C’est le Conseil administratif de la Ville qui souhaiterait les voir rendre les clés du bâtiment qui les abrite, eux et le Musée d’art et d’histoire. Cette perspective fait monter les intéressés aux barricades. Selon les autorités municipales, cette décision est une conséquence indirecte du cambriolage du Musée de l’horlogerie. Suite à cette affaire, le Conseil administratif in corpore a dû s’engager à respecter de nouvelles exigences. Ainsi les musées de la Ville devront-ils dorénavant être ouverts et fermés par des agents de sécurité appartenant à des polices privées. Dès lors, les conservateurs et autres employés de ces ambassades culturelles ne seront plus en possession des clés de ces établissements: "Il s’agit d’épargner à nos personnels une éventuelle prise d’otage", explique Martine Koelliker, adjointe de direction au Département des affaires culturelles.
Du côté de Châtelaine Cette sollicitude des services de Patrice Mugny ne vaut pas seulement pour les fonctionnaires de son département, mais également pour les membres de la Compagnie de 1602 qui ont eux aussi un jeu de clés: ces derniers ne peuvent pas déroger à la nouvelle règle que s’est imposée l’Exécutif municipal. La Ville s’est donc fendue d’une lettre pour demander aux responsables de l’association de déménager. Les magistrats ont proposé aux membres de la Compagnie de troquer leurs 700 mètres carrés actuels, au centre-ville, contre 180 mètres carrés dans la zone industrielle de Châtelaine.
Un pétard mouillé? C’est une douche froide pour les arquebusiers, piqueurs et autres figurants costumés. Dans une lettre aussi bouillante que le contenu de la marmite de la Mère Royaume, les responsables de l’association montent aux barricades pour contrer l’assaut. "Nous sommes dans ces locaux depuis la nuit des temps", explique Didier Aulas, responsable de la commission des manifestations costumées au sein de la Compagnie. Le "Monsieur Défilé" estime qu’un déménagement hors des murs mettrait la manifestation en danger et prétériterait une mise en œuvre que l’on s’accorde à qualifier de lourde. "Ce n’est pas la première fois que l’on tente de nous faire quitter ce bâtiment", remarque-t-il, prêt à défendre la place. Les deux parties vont-elles faire parler la poudre? La Compagnie de 1602 prévient que ses responsables "n’entreront en tout cas pas en matière sur moins de mètres carrés". En face, il semble que le Conseil administratif ait diligenté hier une commission afin d’aller vérifier que les règles de sécurité sont respectées aux Casemattes: la Ville aurait été surprise d’apprendre que l’association stocke des barils de poudre noire dans ses locaux du centre-ville. "Cette poudre est enfermée dans des armoires blindées qui répondent aux exigences de sécurité", affirme Didier Aulas. Pour qui cet argument n’est apparemment qu’un pétard mouillé.
"La plus grande société patriotique de Suisse" Créée en 1926, la Compagnie de 1602 a succédé à l’Escalade patriotique pour organiser les manifestations commémorant cet événement. Forte de quelque 2600 membres ("issus de tous les milieux sociaux", précise Didier Aulas, soucieux de se départir d’une réputation de société élitiste et fermée), la Compagnie fait figure de la plus importante société historique et patriotique de Suisse. Chaque année, elle organise un défilé auquel participent plus de 1000 figurants costumés, une cinquantaine de cavaliers et encore huit attelages tirés par des chevaux et bœufs. Deux groupes armés, soit 32 arquebusiers et 22 piquiers, disputent la vedette à la célèbre pièce d’artillerie, réplique de l’originale du XVIIe siècle, qui sillonne les rues devant les sociétés de musique du canton dont les organisateurs s’adjoignent les talents. Indépendante, "pas pour être hors de tout mais au contraire pour être liée à tout", Aulas dixit, la Compagnie de 1602 est une association qui ne bénéficie d’aucune subvention directe.
B.S.
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